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La place de la République (1889)

Porte du Temple

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Plan de Truchet et Hoyau, dit « plan de Bâle », vers 1550 (détail : la porte du Temple et son bastion)

L’histoire de la place de la République s’enracine dans le démantèlement de l’enceinte de Charles V, qui entourait l’ensemble de la rive droite, entre la forteresse de la Bastille et l’actuelle rue de Richelieu. Cette enceinte avait, au XVIe siècle, été renforcée par de puissants bastions en pointe, qui formaient un angle aigu devant les portes, notamment devant celle du Temple, où se logera, au début du XIXe siècle, l’embryon de la future place de la République.

En 1673-75, sous le règne de Louis XIV, Pierre Bullet transforma le tracé de l’enceinte de Charles V en promenade plantée ; elle correspond aujourd’hui aux boulevards actuels, désignés comme les « Grands Boulevards » de la capitale. Les anciens bastions de l’enceinte devinrent autant de points de liaison entre la ville et ses faubourgs. En 1683, la destruction de la porte du Temple permit l’aménagement d’un grand rond-point planté.

diorama daguerre

Dessinateur anonyme

Vue du château d’eau et du diorama de Daguerre, 1822, plume et lavis à l’encre de Chine, BNF, Estampes

C’est ce simple carrefour, situé sur l’ancien bastion de la porte du Temple, que l’ingénieur Pierre Simon Girard, alors directeur des travaux du canal de l’Ourcq, choisit, en 1806, pour implanter une fontaine. La proximité des théâtres du boulevard du Temple renforçait l’attrait du site, dont les alentours avaient déjà suscité l’intérêt des spéculateurs immobiliers. La fontaine de Girard remplissait la fonction de château d’eau, pour l’alimentation des quartiers du Temple et du Marais.  

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Pierre Simon Girard (1765-1835)

La Fontaine aux lions de Nubie, 1806-1811, Paris, place de La-Fontaine-aux-lions

La fontaine de Girard, dite « aux lions de Nubie » présentait une double coupe en fonte d’où jaillissait l’eau du canal de l’Ourcq, pour retomber ensuite en cascade dans trois bassins superposés. Quatre lions également en fonte, mais peints à l’imitation du bronze, groupés deux à deux, gardaient le massif central, couchés sur de hauts socles rectangulaires.

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Détail des lions de la fontaine imaginée par Girard

Le programme de développement urbain de l’Est parisien, lancé sous le Second Empire, métamorphosa plus tard la placette du Château d’eau. Réaménagée par le baron Haussmann en 1854, elle prit alors l’apparence d’une vaste place, ralliée par les boulevards de Magenta (1855), des Amandiers (1857, actuelle avenue de la République) et du Prince-Eugène (1861, actuel boulevard de Voltaire).

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Les vasques et les lions de la fontaine de Girard, Paris, place de La-fontaine-aux-lions

Dès 1855, une nouvelle caserne, initialement nommée « caserne du Prince-Eugène » (actuelle caserne Vérines)- fut envisagée au nord de la nouvelle place. L’implantation de ce nouvel équipement militaire justifia le tracé définitif du boulevard du Prince-Eugène et la destruction d’une grande partie des théâtres du boulevard du Temple, qui constituaient le fameux « boulevard du Crime ».  

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Gaspard Gobaut (1814-1882)

La Fontaine aux lions de Nubie ou Fontaine du château d’eau, 1850, dessin, BNF, Estampes

Depuis 1822, l’emplacement de la caserne du Prince-Eugène était occupé par le diorama parisien de Daguerre. Dans ce véritable théâtre d’illusions, les spectateurs admiraient de vastes compositions panoramiques en trompe-l’œil. Le diorama de Daguerre paraît sur un dessin anonyme, daté de 1822, derrière la fontaine de Girard. En 1839, Un incendie avait réduit en cendres cette salle de spectacle très appréciée. En 1843, comme le signale la revue L’Artiste, « un autre Diorama [s'élevait] près des ruines de l’ancien ». C’est l’établissement que Gobaut décrit en 1850, à gauche de la fontaine de Girard. Ce diorama, plus modeste, inauguré par Charles-Marie Bouton, prolongea quelques années encore l’invention à succès de Daguerre, jusqu’à la construction, sur cet ilôt, de la caserne du Prince-Eugène.  

A proximité de la caserne du Prince-Eugène se dressait également le Tivoli-Vauxhall. Ce café-concert avait été créé en 1764, dans la rue de Bondy (actuelle rue René-Boulanger). Il avait pris le nom de «Vauxhall d’été» en 1769, avant de disparaître en raison du percement de la rue de Lancry. Réapparu en 1785, dans la rue Samson (actuelle rue Léon-Jouhaux), ce nouveau Vauxhall d’été se constituait d’une grande salle de bal et d’un café donnant sur un jardin. Devenu un médiocre bal public, il quitta les lieux lors de l’aménagement du boulevard Magenta.

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Jules Chéret

Magasins réunis de la place du Château d’eau, 1866, lithographie en couleurs, BNF, Estampes

Dans le prolongement de la caserne du Prince-Eugène, plus à l’est, Gabriel Davioud, architecte de la Ville de Paris, bâtit, en 1866, les Magasins réunis, qui permirent de régulariser la place, désormais strictement rectangulaire. Les pavillons d’angle des Magasins réunis rappelaient la caserne voisine, malgré un bâtiment percé de grandes ouvertures en rez-de-chaussée.

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Détail d’un lion assis de la fontaine imaginée par Davioud, désormais place Félix-Éboué

A la chute du Second Empire, le chantier de la nouvelle place n’était pas encore achevé. En 1874, une nouvelle fontaine remplaça la fontaine de Girard. Placée dans l’axe de la rue du Temple, cette fontaine présentait quatre bassins superposés, sur lesquels huit lions en bronze se tenaient assis, crachant de l’eau. La fontaine de Girard fut déplacée et remontée dans la cour d’entrée du marché-abattoir de La Villette, sur l’actuelle place de La-fontaine-aux-lions, où elle servit d’abreuvoir au bétail.

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Vue aérienne de la place de la République, avec la caserne du Prince-Eugène (caserne Vérines) et les Magasins réunis

En 1879, l’administration préfectorale et le Conseil de Paris ayant décidé de consacrer une place, dans Paris, à la République, mirent en concours un monument destiné à symboliser les nouvelles institutions du pays. Le programme du concours exigeait une République personnifiée sous les traits d’une femme, représentée debout et portant le bonnet phrygien. Le lauréat devait « idéaliser la figure tout en lui conservant l’ensemble des qualités réelles qu’elle exige, dignité, grandeur, douceur et fermeté, caractère noble et populaire tout à la fois, expression fière et pacifique en même temps ». Au cœur d’un quartier populaire en cours de développement, la place du Château d’eau fut désignée pour servir d’écrin à ce monument exaltant l’idéal républicain.

 

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Le monument à la République (1879-1883)

Les frères Léopold et Charles Morice furent ensuite déclarés lauréats du concours. En 1880, la fontaine aux lions de Davioud fut retirée à son tour, et disposée au centre de la place Daumesnil, actuelle place Félix-Éboué. Un modèle en plâtre du monument à la République la remplaça, puis la version définitive de ce monument fut installée et inaugurée le 14 juillet 1883. Un cartouche placé sous les pieds de La République rappelle l’événement. Il porte les armoiries de la ville et l’inscription :  « À la gloire de la République Française – La ville de Paris – 1883 ». La place se nommait alors toujours « place du Château d’eau ». Lors du centenaire de la Révolution, en 1889, elle fut déclarée « place de la République ».

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La statue en bronze de La République, par Léopold Morice

Le monument des frères Morice présente une figure monumentale en bronze représentant La République. Représentée sous la figure symbolique de Marianne, elle se tient debout sur un socle en pierre ceint d’une guirlande de bronze. La République porte le bonnet phrygien, symbole de liberté, ceint d’une couronne végétale ; présente un rameau d’olivier, symbole de paix ; et pose la main sur le haut d’une tablette portant l’inscription « Droits de l’homme ». Elle est armée d’une épée, fixée à une ceinture, portée en bandoulière.  

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Léopold Morice (1846-1919)

L’Allégorie de La Liberté, 1779-1883, pierre, Paris, place de la République, socle du monument à la République

Trois figures allégoriques sculptées en pierre sont disposées autour du piédestal : La LibertéL’Égalité et La Fraternité. L’allégorie de La Liberté tient des fers brisés et brandit un flambeau.  Sur le piédestal, entre deux figures allégoriques, des cartouches ornés de faisceaux de licteurs indiquent « Labor » (Travail) et « Pax » (Paix). 

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Léopold Morice

Le Serment du Jeu de paume, 20 juin 1789, 1879-1883, bas-relief en bronze, Paris, place de la République, socle du monument à la République

Sous les statues représentées assises, douze bas-reliefs en bronze, illustrant les dates marquantes de la Révolution, sont fixés sur le piédestal.

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Léopold Morice

Allégorie de la Force, auprès d’une urne, symbolisant le suffrage universel, et de trophées militaires, 1879-1883, bronze, Paris, place de la République, socle du monument à la République

Un Lion, également en bronze, symbolisant Le Suffrage universel, est placé sur quelques marches, au pied de la statue principale.

De part et d’autre du monument principal, deux parterres de gazon, ceints d’une clôture en fonte, avaient été aménagés autour d’une fontaine aux dauphins. En 2013, le réaménagement de la place de la République en esplanade dallée entraîna l’enlèvement des fontaines aux dauphins.

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